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Moderniser l’administration sénégalaise : L’urgence d’un virage digital inclusif

⏱ Temps de lecture : 21 minutes

Nous vivons une transformation mondiale profonde. À l’ère du numérique, la puissance d’un État ne se mesure plus uniquement à la force de son armée ou à la robustesse de son économie, mais aussi, et peut-être surtout, à sa capacité à servir efficacement ses citoyens.

De plus en plus, les États les mieux gouvernés sont ceux capables de fournir des services publics accessibles, rapides, sécurisés et transparents, directement depuis un téléphone ou un ordinateur.

Dans ce nouveau paradigme, les pays pionniers comme le Danemarkl’EstonieSingapour, la Corée du Sud, ou encore, en Afrique, le Rwanda, démontrent qu’une administration digitalisée peut transformer radicalement le quotidien des citoyens et redéfinir le rôle de l’État. 

Réduction des délais, économies budgétaires substantielles, lutte contre la corruption, simplification des démarches : les bénéfices sont multiples et prouvés.

Le Sénégal, fort de sa stabilité politique et de son ambition de développement, ne peut se permettre de rester en marge de cette révolution numérique. 

Face à une administration encore souvent lente, complexe et bureaucratique, il devient urgent de concevoir une réforme ambitieuse, centrée sur le citoyen et appuyée par les meilleures pratiques internationales.

Cet article propose une exploration comparative et prospective pourquoi et comment digitaliser l’administration sénégalaise, en s’inspirant des expériences réussies à travers le monde, tout en tenant compte des réalités locales. 

Il s’agit d’un enjeu de souveraineté, de modernisation, mais surtout de dignité et de progrès social.

1. Pourquoi digitaliser l’administration ?

La digitalisation de l’administration n’est pas un simple choix technologique. C’est une décision stratégique, structurante, qui impacte tous les domaines de la vie publique : la relation entre l’État et le citoyen, l’efficacité des services, la transparence de la gouvernance et la compétitivité économique du pays. 

Voici les quatre grands axes qui justifient une telle transformation pour le Sénégal.

1.1. Pour le citoyen : rapidité, simplicité, dignité

Aujourd’hui encore, pour de nombreux Sénégalais, obtenir un simple acte de naissance ou un document administratif relève du parcours du combattant. Il faut souvent :

  • se lever à l’aube pour espérer être parmi les premiers,
  • patienter pendant des heures dans des files interminables,
  • subir les lenteurs d’un système bureaucratique désuet,
  • parfois même revenir plusieurs fois pour un tampon ou une signature.

Cette situation crée un sentiment d’humiliation et d’injustice. Le citoyen, censé être au cœur de l’action publique, devient un mendiant de ses propres droits.

La digitalisation vise à rompre ce cercle vicieux. Dans les pays les plus avancés, un citoyen peut :

  • télécharger un acte de naissance,
  • consulter ses informations fiscales,
  • prendre rendez-vous avec une administration…

…le tout depuis son téléphone mobile, en quelques clics, à toute heure, sans quitter son domicile.

Digitaliser, c’est redonner de la dignité. C’est faire en sorte que l’interaction avec l’État redevienne une relation de service, respectueuse, fluide, et équitable.

1.2. Pour l’État : efficacité, économies et bonne gouvernance

Un dossier papier coûte cher. Chaque formulaire imprimé, chaque agent mobilisé à des tâches répétitives, chaque déplacement inutile a un coût budgétaire pour l’État. Or, dans un contexte de pression sur les ressources publiques, la maîtrise des dépenses devient cruciale.

L’exemple du Danemark est éclairant : en rendant obligatoire l’usage de la correspondance électronique pour tous les courriers administratifs (via la plateforme Digital Post), l’État a économisé plus de 200 millions d’euros par an en frais postaux et de traitement.

Pour le Sénégal, la dématérialisation généralisée pourrait :

  • Réduire drastiquement les coûts de gestion,
  • Libérer des ressources humaines pour des missions à plus forte valeur ajoutée,
  • Améliorer la gestion des archives et la traçabilité des décisions,
  • Optimiser les délais de traitement des demandes.

Une administration numérique est une administration plus performante, plus réactive, et plus résiliente.

1.3. Pour l’économie : compétitivité et attractivité

La qualité de l’administration est un critère central pour les investisseurs, qu’ils soient locaux ou internationaux. Un pays où l’on peut :

  • créer une entreprise en 24 heures,
  • obtenir une licence en ligne,
  • payer ses impôts via mobile money…

…est un pays qui inspire confiance, efficacité et modernité.

C’est précisément ce qu’ont compris l’Estonie ou Singapour, où la digitalisation est utilisée comme un levier de compétitivité. 

En facilitant les démarches, en réduisant la corruption et en accélérant les délais, ces États ont attiré des milliers d’investisseurs et propulsé leur image internationale.

Pour le Sénégal, la digitalisation administrative serait un atout majeur pour :

  • améliorer le climat des affaires,
  • stimuler l’entrepreneuriat local,
  • renforcer son positionnement comme hub économique ouest-africain.

1.4. Pour la gouvernance : transparence et lutte contre la corruption

L’opacité des procédures administratives crée des zones grises propices à la corruption

Quand un dossier peut être bloqué arbitrairement, ou avancé moyennant un “cadeau”, le citoyen perd confiance, et l’administration perd sa légitimité.

Une plateforme numérique, elle, permet :

  • de tracer chaque étape d’un dossier,
  • de savoir qui a fait quoi et à quel moment,
  • de limiter les contacts directs non nécessaires.

En Estonie, toutes les actions effectuées sur les bases de données publiques sont automatiquement horodatées et consultables par le citoyen. Cela crée un climat de responsabilité et d’intégrité au sein des administrations.

Pour le Sénégal, où la lutte contre la corruption est un chantier majeur, la digitalisation constitue une arme structurelle pour réduire les pratiques illicites, restaurer la confiance et renforcer la redevabilité.

2. Les pionniers de l’administration numérique : des leçons pour le Sénégal

Plusieurs pays à travers le monde ont réussi à transformer leur administration grâce au numérique. 

Chacun l’a fait à sa manière, en fonction de ses contraintes, de ses ambitions et de sa culture. Du Nord de l’Europe à l’Asie, en passant par l’Afrique de l’Est, les exemples sont nombreux et inspirants. En voici cinq, particulièrement pertinents pour le Sénégal.

2.1. Le Danemark : la communication 100 % numérique

Ce qu’ils ont fait

Depuis 2014, le Danemark impose à tous ses citoyens et entreprises de recevoir leurs courriers administratifs par voie électronique, via une plateforme centralisée appelée Digital Post. Qu’il s’agisse de convocations, de décisions officielles, de factures ou d’avis fiscaux, tout transite désormais par cette boîte aux lettres numérique.

Résultats obtenus

  • Plus de 90 % des Danois utilisent le système.
  • Le pays a économisé plus de 200 millions d’euros par an.
  • Les communications sont plus rapides, traçables et sécurisées.

Ce que le Sénégal peut en tirer

  • Mettre en place une boîte postale numérique officielle pour chaque citoyen et chaque entreprise.
  • Encourager d’abord l’usage volontaire, avant d’aller vers une obligation progressive.
  • Prévoir des solutions mobiles simplifiées (SMS, app légère) accessibles même sans Internet haut débit.
  • Instaurer des exceptions pour les populations âgées ou déconnectées.

2.2. L’Estonie : l’administration “100 % en ligne”

Ce qu’ils ont fait
L’Estonie est le modèle mondial d’e-gouvernement. Grâce à une identité numérique universelle et à une infrastructure appelée X-Road, les citoyens peuvent accéder à près de 99 % des services publics en ligne : santé, éducation, impôts, vote, justice, etc.

Principes clés

  • Le citoyen ne doit jamais fournir deux fois la même information à l’État (principe du once-only).
  • Chaque accès à ses données est traçable et visible par le citoyen.
  • Même en cas de cyberattaque ou de guerre, l’État peut continuer à fonctionner via ses ambassades numériques à l’étranger.

Leçons pour le Sénégal

  • Créer une identité numérique unique, sécurisée et interopérable, reliée à l’état civil.
  • Interconnecter les bases de données des ministères et institutions (santé, fiscalité, éducation…).
  • Appliquer le principe once-only pour alléger la charge administrative du citoyen.
  • Mettre en place une interface citoyenne simple pour voir, contrôler et gérer ses données.

2.3. Singapour : un écosystème public-privé intégré

Ce qu’ils ont fait
À Singapour, l’application Singpass permet d’accéder à plus de 2 000 services publics et privés. Grâce à la plateforme MyInfo, les citoyens peuvent autoriser le partage automatique de leurs données pour ouvrir un compte bancaire, souscrire à une assurance ou postuler à un emploi, sans remplir plusieurs formulaires.

Atouts majeurs

  • Réduction drastique des délais administratifs.
  • Meilleure synergie entre services publics et entreprises privées.
  • Expérience utilisateur fluide, pensée pour le citoyen.

Leçons pour le Sénégal

  • Concevoir une identité numérique réutilisable dans le secteur privé (banques, téléphonie, emploi).
  • Promouvoir la bancarisation en facilitant l’ouverture de comptes grâce à l’authentification numérique.
  • Instaurer une gouvernance claire des données personnelles, avec consentement citoyen et régulation stricte des usages.

2.4. La Corée du Sud : l’administration proactive

Ce qu’ils ont fait
La Corée du Sud ne se contente plus de répondre aux demandes administratives : elle les anticipe. Par exemple, dès qu’un enfant naît, les aides sociales disponibles sont automatiquement proposées aux parents, sans qu’ils aient besoin de faire une demande.

Autres exemples

  • En cas de perte d’emploi, l’État suggère automatiquement des programmes de soutien.
  • Lorsqu’un citoyen atteint l’âge de la retraite, il reçoit sans sollicitation les démarches à effectuer.

Leçons pour le Sénégal

  • Aller vers une administration proactive, qui propose des services sans démarche préalable.
  • Développer une intelligence administrative basée sur la donnée croisée et la coordination interinstitutionnelle.
  • Anticiper les événements de vie : naissance, scolarisation, retraite, perte d’emploi, etc.

2.5. Le Rwanda : l’exemple africain d’inclusion

Ce qu’ils ont fait
Le Rwanda, souvent salué pour sa gouvernance innovante, a lancé IremboGov, une plateforme qui permet d’effectuer plus de 100 démarches administratives en ligne, comme demander un passeport, un acte de naissance ou un certificat de résidence.

Particularité majeure

  • La plateforme est accessible même sans smartphone, grâce à des codes USSD et à des services par SMS.
  • Des agents communautaires aident les populations peu alphabétisées à utiliser les services numériques.

Leçons pour le Sénégal

  • Intégrer les technologies de base (SMS, USSD) pour toucher les zones rurales et les personnes sans smartphone.
  • Créer un réseau national d’assistants numériques de proximité pour accompagner les citoyens dans leur transition numérique.
  • Penser la digitalisation comme un outil d’inclusion sociale, et non de fracture numérique.

La diversité de ces approches montre qu’il n’existe pas de modèle unique. 

Chaque pays a adapté sa stratégie à ses moyens, à ses infrastructures et à sa culture administrative. 

Pour le Sénégal, il s’agit maintenant de construire son propre modèle, en puisant dans ces expériences pour imaginer une administration numérique, inclusive, souveraine et performante.

3. Comment réussir la digitalisation au Sénégal ?

La réussite d’une administration numérique repose sur trois piliers fondamentaux : une vision stratégique claireun cadre institutionnel fort, et une mise en œuvre adaptée aux réalités locales

Il ne suffit pas d’adopter des technologies modernes. Il faut bâtir une infrastructure de confiance, former les acteurs, accompagner les citoyens et garantir la souveraineté des données.

Voici une feuille de route réaliste et ambitieuse pour réussir cette transformation.

3.1. Établir un cadre légal et institutionnel solide

Avant toute action technique, il est impératif de poser des bases juridiques et institutionnelles claires, durables et cohérentes.

Mesures prioritaires :

  • Créer une Autorité nationale du numérique public, dotée de compétences transversales pour piloter la transformation digitale de l’État.
  • Adopter une loi-cadre sur la digitalisation administrative, imposant progressivement la dématérialisation par défaut des démarches administratives.
  • Renforcer la législation sur la protection des données personnelles, avec une autorité de contrôle indépendante et des sanctions dissuasives.
  • Harmoniser les standards numériques entre ministères et collectivités, pour assurer l’interopérabilité des systèmes.

Pourquoi c’est essentiel ?
Sans cadre clair, la digitalisation reste fragmentée, lente et exposée à des dérives. Une loi forte permet de garantir la cohérence des réformes, la sécurité juridique et la confiance des usagers.

3.2. Créer une identité numérique nationale

L’identité numérique est la clé de voûte d’une administration digitalisée. Elle permet d’authentifier le citoyen, de sécuriser ses données et d’ouvrir l’accès à tous les services en ligne.

Caractéristiques de l’identité numérique sénégalaise à concevoir :

  • Basée sur l’état civil : chaque citoyen possède un identifiant unique (relié à son NINEA ou au numéro de sa carte nationale).
  • Accessible via téléphone mobile, même sans connexion Internet permanente.
  • Dotée de fonctions de signature électronique, pour valider des documents ou des paiements.
  • Utilisable aussi bien dans le secteur public (impôts, santé, justice…) que dans le secteur privé (banques, téléphonie, services).

Outils possibles :

  • Application mobile sécurisée + système de double authentification.
  • Portail web + support USSD/SMS pour les non-connectés.

3.3. Déployer une plateforme d’interopérabilité nationale

L’un des grands défis des administrations est l’existence de silos d’information : chaque ministère gère ses propres données, sans coordination. Résultat : le citoyen doit répéter les mêmes démarches auprès de plusieurs services.

Solution :
Mettre en place une plateforme d’interopérabilité, inspirée du modèle estonien (X-Road), qui relie les bases de données des ministères et institutions publiques.

Fonctionnalités clés :

  • Échange sécurisé de données entre administrations, sans duplication.
  • Registre des échanges accessible aux citoyens pour assurer la traçabilité.
  • Normes ouvertes (open API) pour garantir l’évolution et l’adaptabilité du système.

Bénéfices :

  • Réduction des délais.
  • Meilleure qualité des services.
  • Plus grande transparence dans l’utilisation des données.

3.4. Prioriser les services à fort impact

Pour maximiser l’effet de la digitalisation, il faut commencer par les services les plus utilisés par les citoyens et les entreprises.

Démarches prioritaires à digitaliser :

  • Actes d’état civil (naissance, mariage, décès).
  • Création d’entreprise (guichet unique 100 % en ligne).
  • Paiement des impôts et taxes (avec preuve de paiement numérique).
  • Demande de documents administratifs (cartes, certificats, permis).
  • Accès aux prestations sociales (bourses scolaires, aides sociales).

Approche recommandée :

  • Lancer ces services en mode “pilote” dans certaines régions avant un déploiement national.
  • Adopter une logique “mobile first”, en tenant compte du taux élevé d’équipement mobile au Sénégal.

3.5. Garantir l’inclusion numérique

La digitalisation ne doit pas devenir une source d’exclusion. Dans un pays où une partie de la population est peu alphabétisée, ou vit en zone rurale, l’accessibilité universelle est une priorité absolue.

Mesures concrètes :

  • Déployer des kiosques numériques communautaires dans chaque commune, dotés d’agents formés pour accompagner les usagers.
  • Proposer des services accessibles via USSD et SMS, notamment pour les démarches simples (demande d’acte, paiement de taxe…).
  • Former les agents publics aux outils numériques et à la relation citoyenne dématérialisée.
  • Lancer un programme national de littératie numérique, en partenariat avec les écoles, radios communautaires et télévisions.

Objectif :
Faire du numérique un outil d’inclusion sociale et d’égalité d’accès, y compris pour les femmes, les personnes âgées, les personnes handicapées, et les populations rurales.

3.6. Instaurer un climat de sécurité et de confiance

La confiance est la condition sine qua non de l’adhésion citoyenne. Les citoyens doivent être sûrs que leurs données sont protégées, que leurs droits sont respectés et que les systèmes sont fiables.

Axes d’action :

  • Créer un Centre national de cybersécurité, chargé de la prévention, de la surveillance et de la réaction face aux menaces.
  • Intégrer des protocoles de chiffrement avancés dans toutes les plateformes publiques.
  • Mettre en place une traçabilité transparente : chaque citoyen peut savoir “qui a consulté ses données, quand, et pourquoi”.
  • Lutter contre les fraudes et le piratage, en partenariat avec les opérateurs télécoms et les fournisseurs technologiques.

En résumé, réussir la digitalisation de l’administration sénégalaise exige une approche systémique, humaine et durable. Ce n’est pas seulement une affaire de logiciels ou d’infrastructures : c’est un projet de société. 

Le numérique doit être pensé comme un levier de transformation de l’État, au service de la justice sociale, de l’efficacité économique et de la souveraineté nationale.

4. Quels bénéfices pour le Sénégal ?

La digitalisation de l’administration n’est pas une fin en soi. C’est un moyen puissant de transformation, dont les retombées concrètes touchent toutes les couches de la société. 

Si elle est bien pensée, inclusive et sécurisée, cette réforme peut devenir un accélérateur de développement pour le Sénégal.

4.1. Pour les citoyens : plus de droits, moins de souffrance

Accès facilité aux services publics
La digitalisation permet de désenclaver l’administration. Les citoyens, qu’ils soient à Dakar, à Podor ou à Ziguinchor, pourront accéder aux mêmes services sans avoir à se déplacer.

Gain de temps et d’énergie
Fini les files d’attente, les démarches interminables, les aller-retours inutiles. Un certificat de résidence, une demande de bourse, ou un extrait de naissance pourraient se faire en quelques clics, depuis un téléphone ou dans un kiosque numérique de proximité.

Respect de la dignité
Moins de rapports de pouvoir humiliants, moins de pression informelle. En réduisant les contacts physiques non nécessaires, la digitalisation limite les abus et rétablit une relation respectueuse entre l’État et le citoyen.

Exemple
Une mère célibataire vivant en zone rurale pourra inscrire son enfant à l’école, demander une aide sociale et suivre son dossier depuis son téléphone, sans quitter son village.

4.2. Pour l’État : un appareil plus efficace, plus transparent

Réduction des coûts
Le passage au numérique réduit fortement les dépenses liées à :

  • l’impression de documents,
  • la gestion des archives physiques,
  • les déplacements et convocations,
  • les pertes de temps et de productivité.

Amélioration de la gouvernance
Les données deviennent traçablesfiables et accessibles. Les administrations peuvent mieux piloter leurs actions, éviter les doublons, et anticiper les besoins de la population.

Lutte contre la corruption
En automatisant les processus, en supprimant les intermédiaires et en rendant chaque étape visible, le numérique devient un outil de lutte structurelle contre les pratiques frauduleuses.

Exemple
Un fonctionnaire peut consulter l’état de traitement d’un dossier en temps réel, sans avoir à solliciter un “contact” dans un autre ministère.

4.3. Pour l’économie : un environnement propice à l’investissement

Attractivité renforcée
Les investisseurs, locaux ou étrangers, cherchent avant tout un environnement :

  • prévisible,
  • transparent,
  • efficace.

Une administration digitale facilite les démarches, réduit les délais d’obtention de licences, simplifie le paiement des taxes et améliore le climat des affaires.

Stimulation de l’écosystème numérique local
La digitalisation crée un marché pour les startups locales : développement d’applications, cybersécurité, maintenance, services cloud, formation, etc.

Inclusion financière
Grâce à l’identité numérique, des millions de Sénégalais pourraient accéder plus facilement :

  • à un compte bancaire,
  • à des microcrédits,
  • à des services de paiement digital.

Exemple
Un jeune entrepreneur peut enregistrer son entreprise, ouvrir un compte bancaire professionnel et accéder à une exonération fiscale, sans quitter son quartier.

En somme, les bénéfices de la digitalisation sont multiples, systémiques et durables

Ils ne concernent pas seulement l’État ou l’élite économique, mais chaque citoyen, dans sa vie quotidienne. 

C’est une opportunité historique pour refonder le contrat social, en plaçant la technologie au service du progrès humain.

5. Les risques à éviter

La digitalisation de l’administration, aussi prometteuse soit-elle, n’est pas sans dangers. 

Plusieurs pays en développement, ou même développés,  ont vu leurs réformes échouer ou susciter une défiance généralisée, faute de préparation, d’inclusivité ou de maîtrise technologique. 

Pour le Sénégal, l’ambition numérique doit s’accompagner de prudence stratégique. Voici les principaux écueils à anticiper.

5.1. L’exclusion numérique

Le risque : créer une administration pour les connectés… et abandonner les autres.

Dans un pays où une partie de la population reste peu alphabétisée, mal équipée en outils numériques, ou exclue du réseau Internet, une digitalisation mal pensée peut creuser les inégalités

Les populations rurales, les personnes âgées, les femmes dans certaines zones, ou encore les personnes handicapées risquent de se retrouver marginalisées.

Solutions :

  • Intégrer des interfaces simples, multilingues et accessibles (USSD, SMS, applications légères).
  • Créer des espaces d’accompagnement physique dans chaque commune.
  • Mettre en place des programmes de sensibilisation et de formation de base à l’usage numérique.

5.2. Le manque de confiance des citoyens

Le risque : refuser le numérique par peur du contrôle ou de la surveillance.

Si les citoyens ont le sentiment que leurs données sont utilisées sans leur consentement, ou que l’État les surveille, ils se détourneront des outils numériques. 

Une digitalisation qui n’intègre pas une forte culture de la protection des données personnelles peut générer une crise de confiance majeure.

Solutions :

  • Instaurer un cadre légal strict de protection des données, avec un régulateur indépendant.
  • Assurer la transparence totale des usages : permettre au citoyen de voir “qui a consulté quoi, quand, et pourquoi”.
  • Intégrer le consentement explicite dans chaque démarche numérique.

5.3. La dépendance technologique à des prestataires étrangers

Le risque : céder la souveraineté numérique du pays à des entreprises ou puissances extérieures.

Trop souvent, les pays du Sud sous-traitent l’ensemble de leurs plateformes à des multinationales, sans transfert de compétences ni contrôle sur les infrastructures. Cela peut mener à une perte de maîtrise stratégique, voire à des fuites de données sensibles.

Solutions :

  • Privilégier les solutions open source, adaptables localement.
  • Former une génération d’experts numériques sénégalais, capables de concevoir, maintenir et faire évoluer les systèmes.
  • Mettre en place une politique de souveraineté numérique, en partenariat avec des universités, centres de recherche, et entreprises locales.

En résumé, une réforme numérique ambitieuse n’est réussie que si elle est inclusive, transparente, et souveraine

Le Sénégal ne doit pas seulement importer des technologies : il doit les adapter, les maîtriser, et surtout, les mettre au service de sa vision propre du développement et de la justice sociale.

6. Conclusion : Un rendez-vous avec l’Histoire

Digitaliser l’administration sénégalaise n’est pas simplement une mise à jour technologique. C’est une transformation de l’État, de ses rapports avec le citoyen, et de sa capacité à affronter les défis du XXIe siècle. 

C’est un choix de société, un acte politique fort, qui engage la nation tout entière.

Les exemples du Danemark, de l’Estonie, de Singapour, de la Corée du Sud ou du Rwanda montrent que la réussite est possible, même dans des contextes très différents. 

Ces pays ont osé moderniser leur gouvernance, miser sur l’efficacité, la transparence, l’innovation. Ils ont compris que le numérique pouvait être un outil de dignité, d’équité et de performance.

Le Sénégal, fort de sa jeunesse, de sa stabilité politique et de son ambition continentale, a aujourd’hui l’opportunité d’entrer dans ce cercle des nations modernes. En plaçant le citoyen au centre, en garantissant l’inclusion de tous, en protégeant la souveraineté des données, le pays peut devenir un modèle africain de gouvernance numérique.

Ce rendez-vous avec l’Histoire ne se fera pas sans effort. Il exige vision, courage, persévérance. Mais il offre une promesse immense : celle d’un État plus juste, plus proche, plus humain ;  un État au service de tous, accessible à chacun, à tout moment, où que l’on soit.

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