Réduire la domination de l’argent liquide : un impératif pour le Sénégal

⏱ Temps de lecture : 19 minutes

Introduction

Au Sénégal – comme dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest et plus largement du continent – les espèces (billets, pièces) continuent de jouer un rôle central dans la vie économique : achat de biens lourds (voitures, maisons), paiements dans l’informel, versement de salaires, commerce de détail, etc. 

Ce phénomène, entretenu par une faible bancarisation, par la méfiance historique envers les institutions bancaires, et l’absence ou l’insuffisance de régulation et d’infrastructures appropriées, a des coûts élevés. 

Mais les technologies modernes – le mobile money, les factures électroniques, les plateformes digitales – offrent désormais une fenêtre d’opportunité pour réformer en profondeur.

Les conséquences de la forte circulation des espèces

Dans un pays où l’argent liquide reste massivement utilisé, les conséquences sont multiples :

  1. Perte de recettes fiscales et extension de l’économie informelle

L’utilisation d’espèces rend aléatoire la déclaration des transactions. Les entreprises informelles (ou partiellement formelles) peuvent sous-déclarer leurs ventes, ne pas reverser la TVA collectée, ou même ne pas enregistrer les recettes dans leur comptabilité, pour autant qu’elles en tiennent. Le manque à gagner est considérable pour l’État avec les conséquences sur la corruption, le blanchiment, et l’impunité. 

L’espèce permet des transactions opaques, sans trace formelle, ce qui facilite la corruption (pots-de-vin, surfacturation, détournement), le blanchiment d’argent, et dans certains cas le financement d’activités illégales. L’absence de piste d’audit réduit le risque de sanction, ce qui abaisse le coût de la corruption pour ceux qui la pratiquent. L’introduction de fausse monnaie dans l’économie fragilise les agrégats économiques.

  1. Coûts liés à la gestion des espèces
    • Coûts de production (impression, fabrication des pièces), de transport, de sécurité
    • Coûts de stockage et de gestion (banques, commerces)
    • Risques de faux billets, vols, erreurs de comptage, pertes.
  2. Inefficacité économique

L’argent liquide est moins efficace pour les transactions à distance, pour les grands marchés, pour les paiements récurrents ou automatisés. Le besoin de liquidité, la logistique du cash, ralentissent les échanges, augmentent les coûts transactionnels.

  1. Inégalité et exclusion

Ceux qui ne sont pas bancarisés ou qui n’ont pas accès aux services mobiles numériques sont doublement pénalisés : ils subissent des coûts plus élevés, moins de protections, plus de risques quand ils manipulent de grosses sommes en liquide.

  1. Faible transparence des filières économiques

Le manque de traçabilité rend plus difficile la régulation (normes, sécurité sanitaire, provenance des produits), la lutte contre le travail non déclaré, la fiscalité sur la valeur ajoutée, etc.

  1. Risques macroéconomiques

Une masse importante d’espèces en circulation peut compliquer le contrôle monétaire, la lutte contre l’inflation, la planification économique, le pilotage des politiques monétaires par la banque centrale.

Les outils et solutions pragmatiques pour faire évoluer le système

Pour sortir progressivement d’un système dominé par les espèces vers une économie traçable, plusieurs leviers, politiques et techniques sont envisageables. Voici une panoplie de mesures validées ou expérimentées ailleurs, adaptées au contexte sénégalais.

SolutionDescriptionConditions de succès / freins potentiels
Extension du mobile money comme mode de paiement universelUtiliser les comptes mobile money pour la quasi-totalité des transactions : petits commerces, salaires, paiements fournisseurs, loyers, versements gouvernementaux, etc.Nécessite une infrastructure mobile fiable, coûts de transaction faibles (voire subventionnés), confiance renforcée, régulation adaptée, identification des utilisateurs, sécurité.
Facturation électronique obligatoire (e-invoice / e-facture)Imposer que toutes les entreprises émettent des factures électroniques pour les transactions commerciales. Exemple : Italie avec son système FatturaPA et la plateforme Sistema di Interscambio (SdI). En Italie, l’obligation d’e-invoicing pour les transactions B2B, B2C et B2G a permis de réduire l’écart de TVA, d’améliorer la conformité fiscale.  Besoin d’un cadre légal clair, de standards techniques (format, signature numérique, plateforme de transit), de formation des entreprises, d’outils accessibles aux PME, et d’accompagnement. Coût initial de mise en œuvre, résistance culturelle.
Fiscalisation & systèmes de caisse certifiés (POS / registres électroniques)Tous les points de vente, même informels, utilisent des caisses ou des logiciels certifiés, qui émettent un reçu numérisé ou imprimé avec QR code, signature ou identifiant unique. Le système doit envoyer périodiquement ou en temps réel des rapports aux autorités fiscales.Il faut vérifier la fiabilité, sécurisation, capacité à gérer hors-réseau/zone sans connectivité, coût d’équipement pour les petits commerçants, acceptation sociale.
Obligation de paiements bancaires ou mobiles pour salaires, contrats publicsEmpêcher que les salaires soient payés en espèces ; exiger que tous les contrats publics utilisent des paiements traçables ; interdiction des transactions immobilières, vente de biens durables de grande valeur en espèces au-delà d’un seuil.Réglementation forte, sanctions effectives, adaptation pour ceux sans comptes (mobiliser mobile money). Besoin d’un taux de bancarisation / numérisation suffisamment élevé, cachet juridique des preuves de paiement mobile ou bancaire.
Réduire physiquement la monnaie fiduciairePar exemple : fixer des limites maximales d’espèces pour certaines transactions, retirer progressivement les coupures de très grande valeur, inciter à l’usage d’espèces moins importantes pour le quotidien, incitations fiscales pour paiements digitaux.Risques de résistance, de contournement, besoin de capacité institutionnelle, veille à ne pas exclure les personnes vulnérables.
Régulation et supervision des prestataires de paiement non bancairesSi des opérateurs privés gèrent le mobile money ou d’autres services de paiement, la banque centrale ou l’autorité monétaire doit les réguler, garantir l’interopérabilité, l’équité, la sécurité, la transparence (KYC, lutte contre le blanchiment d’argent).Acceptation politique, défis techniques, coûts de supervision, formation, adaptation légale.
Sensibilisation, confiance, inclusionÉduquer les citoyens sur les avantages du paiement digital (sécurité, traçabilité, coût, lutte contre la corruption), assurer que les frais ne soient pas prohibitifs, renforcer la confiance grâce à une forte protection des données, des recours, ainsi que des incitations positives (réductions, récompenses, simplifications).Besoin de communication massive, gestion des résistances culturelles ou pratiques, infrastructure dans les zones rurales, coût des appareils ou appareils mobiles.

Les enseignements d’expériences étrangères

Quelques exemples utiles :

  • Italie : depuis 2019, obligation d’e-facturation pour tous les échanges B2B, B2C, B2G. Le système SdI vérifie format et complétude, ce qui a réduit l’écart de TVA. 
  • Amérique latine : plusieurs pays (Mexique, Brésil, Uruguay, Pérou, É.-Salvador) ont mis en place des systèmes d’e-facturation obligatoires ; résultats : hausse des revenus déclarés, meilleure transparence, réduction de l’informalité.  
  • Afrique de l’Ouest / WAEMU : le mobile money connaît une croissance rapide, contribuant à l’inclusion financière. Environ 28 % des adultes en Afrique subsaharienne ont un compte mobile money selon le Global Findex, et beaucoup utilisent ces comptes pour recevoir des paiements gouvernementaux, des salaires, etc.  
  • Des études récentes montrent la corrélation entre usage accru du mobile money et réduction des paiements de pots-de-vin pour des services publics non-monopolisés.

Proposition de réforme profonde : un plan d’action pour le Sénégal

Voici une feuille de route que le Sénégal pourrait adopter pour aller vers une économie où tous les flux significatifs sont traçables, tout en étant pragmatique et inclusif.

ÉtapeActions spécifiquesActeurs clésCalendrier possible
Diagnostic & cadrage légalRéaliser une étude complète de la masse d’espèces en circulation, des secteurs les plus informels, des volumes des fraudes fiscales, des pertes dues aux espèces. Mettre à jour / créer un cadre légal pour interdire : chèques au porteur, non barrés ; définir seuils d’espèces pour certaines transactions ; rendre obligatoire l’usage de pièces ou billets validés.Ministère des Finances, BCEAO / Banque Centrale, autorités fiscales, banques et opérateurs mobile money.6-12 mois
Renforcer l’infrastructure de paiement digital & mobile moneyGarantir l’accès mobile/internet, agents mobile money bien répartis, frais réduits; interopérabilité entre opérateurs; sécurité renforcée.Opérateurs mobile money, fournisseur d’infrastructures, régulateur, banque centrale.1-2 ans
Mettre en place la facturation électronique universelleLégislation imposant e-facture pour toutes les entreprises au-delà d’un certain seuil, puis progressivement pour toutes. Création / désignation de plateforme centrale de transmission des factures (ou plusieurs mais interopérables). Format standard (XML ou équivalent), signatures numériques, vérification automatique.Ministère des Finances / Direction Générale des Impôts, partenaires techniques, entreprises, chambres de commerce.Phase pilote 1 an, extension sur 2-3 ans
Obliger les paiements traçables pour les salaires, contrats publics, biens de valeurLoi ou règlement : les salaires doivent être versés via virement bancaire ou mobile money (ou équivalent digital) si le salarié ne dispose pas de compte bancaire ; tous les marchés publics / contrats de l’État doivent payer via des moyens digitaux certifiés ; les transactions immobilières au-dessus d’un seuil doivent être digitales.Parlement, Ministère du Travail, Ministère de la Fonction Publique, collectivités locales, ministère chargé des marchés publics.1-2 ans
Fiscalisation des outils de caisse & système des reçus électroniquesCertifier les caisses / logiciels, imposer les reçus électroniques/numériques, QR-code ou identifiant unique, transmission périodique ou en temps réel des ventes / recettes à l’administration fiscale.Ministère des Finances, autorités fiscales, fournisseurs de logiciels, commerces.1-2 ans
Inclusion & accompagnementFormation / assistance ciblée aux PME, commerçants informels, artisans ; subventions pour équipements ; campagnes de sensibilisation ; mesures pour populations rurales ou peu alphabétisées. Garantir que personne ne soit exclu faute d’accès ou de coût.Gouvernement, ONG, syndicats, associations de commerçants, opérateurs de mobile money.Dès le départ, continu
Réduire progressivement la monnaie fiduciaireFixer des plafonds pour paiements en espèces, retirer progressivement certaines coupures de grande valeur, inciter (fiscalement ou via subventions) à l’usage de paiements électroniques.Banque Centrale, ministère des Finances, législateur.Sur 3-5 ans ou plus, selon acceptation
Surveillance, audit, sanctionsMettre en place des mécanismes de vérification, des pénalités pour non-respect des obligations, audit des plateformes de mobile money, transparence dans les chiffres de collecte fiscale. Publier des rapports, impliquer les citoyens.Ministère de la Justice, ministère des Finances, institutions anti-corruption, société civile.Permanent après les phases initiales

Les bénéfices attendus

Si ce plan est bien mis en œuvre, les gains pourraient être très importants :

  • Hausse significative des recettes fiscales : TVA, impôts sur les sociétés, impôts sur le revenu etc.
  • Diminution de la corruption et de la fraude ; meilleure responsabilisation des agents publics et privés.
  • Réduction des coûts de gestion de l’argent liquide, des faux billets, des pertes, de la sécurité.
  • Meilleure efficacité économique : paiements plus rapides, meilleur accès au crédit, intégration des PME dans les circuits formels.
  • Inclusion financière renforcée, réduction des inégalités.
  • Plus grande crédibilité internationale, attractivité renforcée pour les investissements étrangers et les aides internationales.

Les défis & risques, et comment les atténuer

Toute réforme de cette ampleur rencontrera des obstacles. Voici les principaux et des suggestions pour les surmonter :

Défi / RisqueStratégie d’atténuation
Résistance culturelle et sociale (habitude, méfiance, crainte de surveillance)Distinction claire entre traçabilité fiscale / lutte contre la fraude et respect de la vie privée ; transparence sur l’usage des données ; inclusion des citoyens dans le dialogue public ; campagnes de communication.
Coût d’équipement & compétences pour les PME / informelsSubventions, microcrédits pour équipements, applications mobiles simples, interface en langues locales ; formation et accompagnement.
Barrières techniques / infrastructureRenforcement de la connectivité Internet / mobile, réseau d’agents pour mobile money, interopérabilité des opérateurs, sécurité et résilience (zones rurales, hors réseau).
Frais élevés ou coûts cachésRégulation des frais, plafonnement, transparence tarifaire, incitations pour les opérateurs à réduire les coûts pour les usagers.
Risque de contournements / marché noir parallèleSanctions strictes, contrôles ciblés, incitations positives pour comportements conformes, simplification administrative pour formaliser.

Conclusion

La forte circulation des espèces est un frein important au développement économique, à la justice fiscale, à la transparence, et à la modernisation des États comme du secteur privé.

Pour le Sénégal, le moment est propice pour lancer une réforme ambitieuse mais réaliste : le mobile money est largement répandu, les citoyens connaissent les paiements numériques, la digitalisation devient une réalité.

Ce qui paraît révolutionnaire est pleinement réalisable : avec une volonté politique forte, un cadre légal clair, des institutions compétentes, une régulation adéquate, et un volet inclusion citoyenne massif, le Sénégal peut réduire drastiquement l’usage des espèces, traçabiliser ses flux économiques, augmenter ses recettes fiscales, lutter plus efficacement contre la corruption, et ainsi permettre une croissance plus saine, plus équitable, plus durable.

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Feuille de route « Sénégal sans cash massif » (2025-2028)

1) Résumé exécutif (objectif en 36 mois)

  • Objectif politique : réduire d’au moins 50 % la part des paiements en espèces dans les transactions marchandes formelles et parapubliques ; généraliser la traçabilité via mobile money, virements et e-facture.
  • Levier macro : s’appuyer sur la pénétration déjà forte du mobile money dans l’UEMOA et au Sénégal, encadrée par la BCEAO, et sur la dynamique mondiale d’e-facturation obligatoire pour combler l’écart de TVA.  
  • Bénéfices attendus : hausse des recettes fiscales (TVA, IS, IR), baisse du coût du cash (impression, transport, sécurité), baisse mesurable des pratiques corruptives, accélération de l’inclusion financière. Des analyses récentes (GSMA, Banque mondiale) lient l’essor du mobile money à des gains de PIB et d’inclusion en Afrique subsaharienne. 

2) Principes de conception

  1. Traçabilité proportionnée (fiscale & anti-corruption) + protection des données.
  2. Inclusion d’abord : frais bas/interopérabilité, solutions offline/réseaux faibles.
  3. Public sector first : l’État montre l’exemple (G2P, P2G, B2G).
  4. Interopérabilité régulée par la BCEAO (cadre monnaie électronique UEMOA).  
  5. Progressivité : seuils/catégories, phases pilotes, accompagnement des TPE.

3) Paquet législatif & réglementaire (soumis d’ici T1-2026)

Loi “Traçabilité des transactions” avec décrets d’application :

  • Interdictions ciblées sur le cash :
    • Paiement obligatoirement traçable (virement, mobile money, chèque barré) au-delà de 500 000 F CFApour : salaires, marchés publics, loyers pros, véhicules, biens immobiliers, factures fournisseurs publiques.
    • Suppression des chèques au porteur et des chèques non barrés ; instruments de règlement traçables uniquement.
  • Salaires : versement obligatoire par virement ou mobile money pour tous les employeurs (dérogations limitées pour zones sans couverture).
  • E-facturation obligatoire par étapes (voir §4), via une plateforme centrale DGID (canal d’échange & validation), conformément à l’orientation du Projet de Loi de Finances 2025 qui introduit l’obligation d’e-facture.  
  • Caisse/logiciel certifié : obligation d’un point d’encaissement certifié (appli POS mobile autorisée) émettant reçu avec QR-code et identifiant unique, et télétransmission périodique.
  • Frais plafonnés & transparence : encadrement des frais mobile money pour les opérations “d’intérêt général” (salaires, paiements publics, scolarité, santé), avec publication trimestrielle des barèmes.
  • KYC proportionné et interopérabilité entre émetteurs de monnaie électronique, dans le cadre BCEAO.  

4) E-facturation : design & déploiement (2025-2028)

Cible : toutes les transactions B2B, B2G puis B2C, avec archivage et piste d’audit. Le Sénégal s’aligne sur les pratiques de pays pionniers (ex. Italie, plateforme SdI, format FatturaPA) qui ont réduit l’écart de TVA grâce à l’obligation d’e-facture et au contrôle continu des transactions.  

Architecture proposée (inspirée des meilleurs standards)

  • Plateforme centrale DGID (canal d’échange) : contrôle de format, validation, horodatage, numéro unique.
  • Formats : JSON/XML signé (signature numérique), API ouvertes, QR-code.
  • Modes d’envoi : portail web, API, passerelles fournisseurs, et applis mobiles pour TPE (gratuites/subventionnées).
  • Open ecosystem : agrément de fournisseurs privés d’e-facturation (PDP) pour accompagner les PME, sous supervision DGID.

Calendrier

  • T4-2025 : pilotes sectoriels (grandes entreprises, marchés publics).
  • T2-2026 : B2G & grandes entreprises (CA ≥ 1 Md F CFA).
  • T1-2027 : PME (CA ≥ 100 M F CFA).
  • T1-2028 : microentreprises / B2C (tickets électroniques simplifiés).

(Le PLF-2025 pose déjà le principe de l’obligation ; ce calendrier en précise la montée en charge.)  

Mesures d’appui

  • Kit e-facture TPE (appli Android/iOS + imprimante ticket Bluetooth + data subventionnée).
  • Crédit d’impôt de transition (50 % du coût d’équipement, plafond 75 000 F CFA).
  • Hotline & e-learning DGID, guides en FR/Wolof/Peulh/Serer.

5) Paiements digitaux priorisés (G2P, P2G, B2G, B2C)

  • G2P (bourses familiales, salaires contractuels, subventions) : 100 % digital d’ici T2-2026 via virement ou mobile money (portabilité entre opérateurs).
  • P2G (taxes, droits, timbres) : portail unifié “Payez l’État” acceptant mobile money interopérable et carte.
  • B2G : fournisseurs de l’État payés exclusivement par voie traçable.
  • B2C/TPE : promotion des QR-code marchands et du tap-to-phone (Android).
  • Capillarité UEMOA : s’appuyer sur le réseau d’agents et l’essor des comptes de monnaie électronique recensés par la BCEAO (209 M de comptes UEMOA en 2023).  

6) Réduction graduelle du cash

  • Plafonds espèces (progressifs sur 3 ans) : 1) 1 M F CFA → 2) 500 k → 3) 250 k (hors exceptions humanitaires/vitales).
  • Retrait des billets de très forte valeur (concertation BCEAO) + incitations (réductions de droits, bonus de conformité) pour paiements digitaux.
  • Campagne “Zéro cash public” : toutes les régies de recettes/dépenses de l’État passent au sans-espèces.

7) Inclusion & protection des usagers

  • Frais plafonnés sur paniers d’usage social : encaissement salaire, paiement facture scolaire/santé/électricité, impôts de base.
  • Interopérabilité obligatoire entre opérateurs (transfert inter-wallet à coût marginal).
  • Mode offline (USSD, tokens à usage unique) pour zones rurales.
  • Protection des données & recours (médiateur des paiements).
  • Éducation financière (campagne nationale) soutenue par des données Findex/GSMA montrant l’utilité du mobile money pour l’inclusion et l’épargne.  

8) Gouvernance & pilotes

  • Comité interministériel (Finances/DGID, Budget, Économie numérique, Intérieur, Justice) + BCEAO + ARTP + opérateurs & banques + patronat/consommateurs.
  • Cellule “Traçabilité & E-facture” à la DGID (PMO, architecture, data).
  • Pilotes :
    1. Marchés publics (T4-2025) : facturation et paiement 100 % digitaux.
    2. Distribution (T1-2026) : grande conso & carburants (tickets électroniques QR).
    3. Transport (T3-2026) : titres de transport urbains digitaux.
  • Rapports publics trimestriels (KPI ci-dessous).

9) KPI & cibles (publication trimestrielle, 2025-2028)

  1. % de paiements G2P/P2G digitaux – cible : ≥ 95 % fin-2026.
  2. Taux d’e-facturation par segment – cible : 100 % B2G T2-2026 ; ≥ 80 % grandes entreprises fin-2026 ; ≥ 70 % PME fin-2027 ; ≥ 60 % micro/B2C fin-2028.
  3. Part des encaissements TPE via mobile money/POS – cible : ≥ 50 % fin-2027.
  4. Réduction de l’écart de TVA – cible : -25 % en 3 ans (référence pratiques pays pionniers e-facture).  
  5. Coûts de gestion du cash (trésor/banques) – -30 % fin-2028.
  6. Litiges & fraude : nombre d’anomalies détectées par data-match +50 % (meilleure détection) mais montant moyen par cas -20 %.
  7. Satisfaction usagers (enquêtes) & plafonds de frais respectés.

10) Budget & financement (ordre de grandeur)

  • Plateforme e-facture DGID & API : 4–6 M € (capex + 3 ans opex).
  • Certification logiciels/caisses & appli TPE : 6–8 M € (subventions ciblées).
  • Interopérabilité & plafonnement de frais : coût net limité (compensation via fiscalité/rentabilité d’usage).
  • Communication & formation : 2–3 M €.
  • Total 3 ans : 12–17 M €, largement auto-finançable par la hausse des encaissements (TVA/IS/IR) et l’économie sur le cash — dynamique confirmée par les retours internationaux sur e-facturation et par l’impact macro du mobile money.  

11) Risques & parades

  • Résistance des acteurs → phasage, incitations (crédit d’impôt), accompagnement TPE, concertation.
  • Frais trop élevés → plafonds, transparence, concurrence/interopérabilité sous l’égide BCEAO.  
  • Couverture réseau → USSD/offline, subventions data, kiosques publics.
  • Cybersécurité & vie privée → PKI nationale, audits, minimisation des données, charte de protection.
  • Complexité pour micro-commerçants → applis ultra-simples, formation en langues locales, agents de proximité.

12) Calendrier détaillé

T4-2025

  • Décrets “plafonds espèces” (phase 1) & paiements publics 100 % digitaux.
  • Lancement pilote e-facture (grands comptes + B2G).
  • Publication plafonds de frais mobile money pour opérations sociales.  

T1-T2-2026

  • Entrée en vigueur e-facture obligatoire B2G et grandes entreprises.  
  • Salaires obligatoirement digitaux (avec filets de sécurité pour zones blanches).
  • Portail Payer l’État (P2G) & QR-code fiscal.

T3-T4-2026

  • Extension e-facture PME ; déploiement appli TPE-caisse certifiée.
  • Plafonds espèces phase 2 (≤ 500 k).

2027

  • E-facture PME généralisée ; tickets électroniques B2C (simplifiés).
  • “Zéro cash public” atteint ; plafonds espèces phase 3 (≤ 250 k).

2028

  • Bilan & ajustements ; intensification data-matching DGID (TVA/IS/IR), contrôle continu des transactions.

13) Pourquoi ça peut réussir maintenant au Sénégal

  • Élan mobile money confirmé par les données BCEAO (explosion des comptes de monnaie électronique UEMOA) et par des analyses indépendantes (GSMA) montrant l’impact économique positif au Sénégal. 
  • Alignement international : l’e-facturation obligatoire est une tendance de fond (ex. Italie) pour réduire la fraude TVA ; le PLF-2025 sénégalais porte déjà cette réforme.  
  • Cadre BCEAO solide pour la monnaie électronique (Instruction n°008-05-2015), base d’une interopérabilité et d’un KYC proportionné.  

Annexes – Références clés

  • BCEAORapport annuel sur les services financiers numériques dans l’UEMOA 2023 (croissance des comptes de monnaie électronique).  
  • BCEAOInstruction n°008-05-2015 (monnaie électronique, disponibilités, exigences). 
  • PLF-2025 Sénégalproposition d’e-facturation obligatoire (DGID, plateforme centralisée).  
  • GSMA & GSMA-SOTIR, impacts & usages du mobile money au Sénégal/Afrique.  

Italie – SdI/FatturaPA : architecture & effets sur l’écart de TVA (leçons transférables).  

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