La méthode d’évaluation par les flux de trésorerie actualisés, plus connue sous le nom de méthode DCF (Discounted Cash-Flows), est l’un des outils les plus utilisés pour déterminer la valeur réelle d’une entreprise.
Son principe est simple : une entreprise vaut avant tout par l’argent qu’elle sera capable de générer dans le futur. La méthode consiste donc à estimer ces flux de trésorerie futurs, puis à les “ramener” à leur valeur d’aujourd’hui en tenant compte du temps, du risque et du coût du capital.
Autrement dit, un euro que l’entreprise gagnera dans cinq ans ne vaut pas autant qu’un euro disponible immédiatement.
Les DCF permettent ainsi de transformer un ensemble d’hypothèses financières : croissance, marges, investissements, besoins en fonds de roulement, en une valeur économique cohérente et chiffrée.
Vulgarisée, la méthode revient à répondre à une question fondamentale :
Combien seriez-vous prêt à payer aujourd’hui pour obtenir les flux de trésorerie que l’entreprise produira demain ?
Proposons une méthode simple, étape par étape pour évaluer une entreprise avec la méthode des Discounted Cash-Flows.
ÉTAPE 1 – Comprendre le principe des DCF
1.1. Idée centrale
La valeur d’une entreprise = ce qu’elle va générer comme cash dans le futur, ramené à aujourd’hui.
Pourquoi “ramené à aujourd’hui” ?
Parce que 1 € aujourd’hui vaut plus que 1 € dans 5 ans (incertitude, inflation, coût d’opportunité).
1.2. Illustration très simple
Supposons :
- Vous pouvez acheter un petit commerce qui vous rapportera 10 000 € de cash chaque année pendant 3 ans.
- Le rendement minimum que vous exigez pour un investissement de ce type est de 10 % par an.
Question : Combien êtes-vous prêt à payer aujourd’hui pour ce commerce ?
On va ramener chaque flux à aujourd’hui, en appliquant un “rabais” (actualisation).
ÉTAPE 2 – Notion d’actualisation
2.1. Actualiser un flux futur
Si je veux un rendement de 10 % par an :
- 1 € aujourd’hui doit devenir 1,10 € dans 1 an.
- À l’inverse, 1,10 € dans 1 an vaut 1 € aujourd’hui.
Donc, pour ramener un flux futur à aujourd’hui, on applique une formule très simple :
Valeur aujourd’hui = Montant futur / (1 + taux)
Exemple 1 – Flux unique
Vous recevez 11 000 € dans 1 an.
Taux exigé : 10 %.
- Valeur aujourd’hui = 11 000 / 1,10 = 10 000 €.
Exemple 2 – Plusieurs années
Vous recevez 11 000 € dans 2 ans.
- Année 1 : 1 → 1,10
- Année 2 : 1,10 → 1,10 × 1,10 = 1,21Donc, 11 000 € dans 2 ans valent :11 000 / (1,10 × 1,10) = 11 000 / 1,21 ≈ 9 091 €.
Règle pratique :
- plus le flux est loin dans le temps,
- plus il est “raboté” par l’actualisation.
ÉTAPE 3 – Aperçu global d’une évaluation DCF
Pour une entreprise, la démarche est la suivante :
- Projeter les flux de trésorerie disponibles (FCFF) sur quelques années (5 à 7 ans).
- Estimer une valeur terminale pour tout ce qui vient après.
- Actualiser tous ces flux avec un taux reflétant le risque (WACC).
- Obtenir une valeur d’entreprise (VE).
- Déduire la dette nette pour arriver à la valeur des capitaux propres.
ÉTAPE 4 – Construction d’un business plan simplifié
4.1. Données de départ (année 0 : dernière année passée)
Entreprise Alpha Technologies, CA 2024 = 10 M€.
| Poste | Montant 2024 |
|---|---|
| Chiffre d’affaires (CA) | 10 000 000 € |
| Coûts opérationnels (hors amortissements) | 8 000 000 € |
| EBIT (résultat opérationnel) | 2 000 000 € |
| Amortissements | 500 000 € |
| Résultat avant impôt | 1 500 000 € |
| Impôt (taux 28 %) | 420 000 € |
| Résultat net | 1 080 000 € |
BFR 2024 = 1 500 000 €
Immobilisations nettes = 4 000 000 €
CAPEX 2024 = 600 000 €
4.2. Hypothèses de business plan (2025–2029)
Pour rester pédagogique, on prend des hypothèses simples :
- Croissance du CA : 3 % par an.
- Marge opérationnelle (EBIT/CA) : 20 % (comme 2024).
- Amortissements : 0,5 M€ par an (hypothèse simplifiée).
- Taux d’impôt : 28 %.
- CAPEX : 600 000 € par an.
- BFR : 15 % du CA (stable en %).
Nous allons projeter sur 5 ans : 2025 à 2029.
ÉTAPE 5 – Projeter le compte de résultat simplifié
5.1. Table de projection (2025–2029)
| 2025 | 2026 | 2027 | 2028 | 2029 | |
|---|---|---|---|---|---|
| CA (M€) | 10 × 1,03 = 10,30 | 10,30 × 1,03 = 10,61 | 10,93 | 11,26 | 11,60 |
| Marge EBIT | 20 % | 20 % | 20 % | 20 % | 20 % |
| EBIT (M€) | 2,06 | 2,12 | 2,19 | 2,25 | 2,32 |
| Amortissements (M€) | 0,50 | 0,50 | 0,50 | 0,50 | 0,50 |
| Résultat avant IS (M€) | ≈ 1,56 | ≈ 1,62 | ≈ 1,69 | ≈ 1,75 | ≈ 1,82 |
| IS (28 %) (M€) | 0,44 | 0,45 | 0,47 | 0,49 | 0,51 |
| Résultat net (M€) | ≈ 1,12 | ≈ 1,17 | ≈ 1,22 | ≈ 1,26 | ≈ 1,31 |
Ce n’est pas encore du cash, mais ces données vont nous servir pour calculer les FCFF.
ÉTAPE 6 – Calcul du BFR et des CAPEX
6.1. BFR projeté
Rappel : BFR = 15 % du CA.
| 2024 | 2025 | 2026 | 2027 | 2028 | 2029 | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| CA (M€) | 10,00 | 10,30 | 10,61 | 10,93 | 11,26 | 11,60 |
| BFR (15 % du CA) (M€) | 1,50 | 1,55 | 1,59 | 1,64 | 1,69 | 1,74 |
Variation du BFR (ΔBFR) = BFR année N – BFR année N-1
| 2025 | 2026 | 2027 | 2028 | 2029 | |
|---|---|---|---|---|---|
| ΔBFR (M€) | 1,55 – 1,50 = 0,05 | 1,59 – 1,55 = 0,04 | 1,64 – 1,59 = 0,05 | 1,69 – 1,64 = 0,05 | 1,74 – 1,69 = 0,05 |
Une augmentation du BFR consomme du cash, une diminution en libère.
6.2. CAPEX
On suppose CAPEX constant de 0,60 M€ par an (investissements nécessaires).
ÉTAPE 7 – Calcul des FCFF (Free Cash-Flow to Firm)
Rappel de la formule :
FCFF = EBIT × (1 – IS) + Amortissements – CAPEX – ΔBFR
Taux d’IS : 28 % → (1 – IS) = 72 %.
7.1. Calcul année par année (en M€)
Année 2025
- EBIT = 2,06
- EBIT après impôt = 2,06 × 0,72 ≈ 1,48
-
- Amortissements = 0,50
- – CAPEX = 0,60
- – ΔBFR = 0,05
FCFF 2025 ≈ 1,48 + 0,50 – 0,60 – 0,05 = 1,33 M€
Année 2026
- EBIT = 2,12
- EBIT après impôt = 2,12 × 0,72 ≈ 1,53
-
- Amortissements = 0,50
- – CAPEX = 0,60
- – ΔBFR = 0,04
FCFF 2026 ≈ 1,53 + 0,50 – 0,60 – 0,04 = 1,39 M€
On poursuit le même schéma :
| 2025 | 2026 | 2027 | 2028 | 2029 | |
|---|---|---|---|---|---|
| EBIT (M€) | 2,06 | 2,12 | 2,19 | 2,25 | 2,32 |
| EBIT après IS (×0,72) | 1,48 | 1,53 | 1,58 | 1,62 | 1,67 |
| + Amortissements | 0,50 | 0,50 | 0,50 | 0,50 | 0,50 |
| – CAPEX | 0,60 | 0,60 | 0,60 | 0,60 | 0,60 |
| – ΔBFR | 0,05 | 0,04 | 0,05 | 0,05 | 0,05 |
| FCFF (M€) | 1,33 | 1,39 | 1,43 | 1,47 | 1,52 |
Nous disposons maintenant d’une série de flux de trésorerie futurs.
ÉTAPE 8 – Détermination de la valeur terminale (VT)
Nous avons des flux de 2025 à 2029. Mais l’entreprise ne s’arrête pas en 2030 !
Il faut donc estimer une valeur pour tout ce qui vient après 2029, appelée valeur terminale.
8.1. Hypothèse de croissance à long terme
On suppose que à partir de 2030 :
- La croissance à long terme des FCFF est modérée, par exemple 2 % par an.
- C’est cohérent avec une économie développée (croissance faible mais positive).
8.2. Calcul du FCFF 2030
On prend le FCFF 2029 et on lui applique la croissance à long terme.
FCFF 2029 = 1,52 M€
Croissance g = 2 % → FCFF 2030 = 1,52 × 1,02 ≈ 1,55 M€
8.3. Formule de la valeur terminale
\text{VT} = \frac{\text{FCFF}_{2030}}{\text{WACC} – g}
Il nous manque encore le WACC ; nous allons le calculer à l’étape suivante, puis nous reviendrons sur la VT avec un exemple chiffré.
ÉTAPE 9 – Calcul du taux d’actualisation (WACC)
9.1. Données de marché simplifiées
On suppose :
- Taux sans risque (obligation d’État long terme) : 2 %.
- Prime de risque marché : 6 %.
- Bêta de l’entreprise (risque relatif au marché) : 1,0 (risque “moyen”).
- Coût de la dette avant impôt (taux moyen sur emprunts) : 4 %.
- Taux d’IS : 28 % → (1 – IS) = 72 %.
- Structure cible : 60 % fonds propres / 40 % dette (en valeur de marché).
9.2. Coût des capitaux propres (Ke)
Formule CAPM :
Ke = Rf + β × Prime de risque
Ke = 2 % + 1,0 × 6 % = 8 %
9.3. Coût de la dette après impôt
Kd brut = 4 %
Kd net = 4 % × (1 – 28 %) = 4 % × 0,72 = 2,88 %
9.4. Calcul du WACC
WACC = (E / (D + E)) × Ke + (D / (D + E)) × Kd net
- Part des fonds propres = 60 %
- Part de la dette = 40 %
WACC = 0,60 × 8 % + 0,40 × 2,88 %
= 4,80 % + 1,15 % ≈ 5,95 %, que l’on arrondira à 6 %.
Nous utiliserons donc WACC = 6 % dans notre exemple.
ÉTAPE 10 – Calcul de la valeur terminale (avec le WACC)
Reprenons la formule :
- FCFF 2030 = 1,55 M€
- WACC = 6 %
- g = 2 %
\text{VT} = \frac{1{,}55}{0{,}06 – 0{,}02} = \frac{1{,}55}{0{,}04} = 38{,}75 \text{ M€}
La valeur terminale (en 2029, avant actualisation) est donc 38,75 M€.
ÉTAPE 11 – Actualiser les flux et la valeur terminale
Nous allons maintenant ramener tous les flux (2025–2029) et la VT à aujourd’hui (fin 2024), avec le WACC de 6 %.
11.1. Actualisation des FCFF
Formule :
Valeur actualisée = FCFF / (1 + WACC)^t
où t = nombre d’années dans le futur.
Tableau récapitulatif
| Année | t | FCFF (M€) | Facteur d’actualisation (1,06^t) | Valeur actualisée (M€) |
|---|---|---|---|---|
| 2025 | 1 | 1,33 | 1,06 | 1,33 / 1,06 ≈ 1,25 |
| 2026 | 2 | 1,39 | 1,06² ≈ 1,124 | 1,39 / 1,124 ≈ 1,24 |
| 2027 | 3 | 1,43 | 1,06³ ≈ 1,191 | 1,43 / 1,191 ≈ 1,20 |
| 2028 | 4 | 1,47 | 1,06⁴ ≈ 1,262 | 1,47 / 1,262 ≈ 1,16 |
| 2029 | 5 | 1,52 | 1,06⁵ ≈ 1,338 | 1,52 / 1,338 ≈ 1,14 |
Somme des flux actualisés (2025–2029) :
1,25 + 1,24 + 1,20 + 1,16 + 1,14 ≈ 6,99 M€.
11.2. Actualisation de la valeur terminale
VT = 38,75 M€ (en 2029).
On doit la ramener à fin 2024, donc l’actualiser sur 5 ans :
- Facteur 1,06⁵ ≈ 1,338
- Valeur actualisée de la VT = 38,75 / 1,338 ≈ 28,96 M€
11.3. Valeur d’entreprise (VE)
VE = Somme des FCFF actualisés + VT actualisée
VE ≈ 6,99 + 28,96 ≈ 35,95 M€
On peut arrondir à 36 M€ pour Alpha Technologies.
ÉTAPE 12 – De la valeur d’entreprise à la valeur des capitaux propres
Supposons qu’à la date d’évaluation :
- Dettes financières brutes = 8 M€.
- Trésorerie et placements de trésorerie = 2 M€.
Dette nette = 8 – 2 = 6 M€.
Valeur des capitaux propres = VE – Dette nette
= 36 – 6 = 30 M€
Si la société a par exemple 1 million d’actions en circulation :
Valeur par action = 30 M€ / 1 M = 30 € par action
ÉTAPE 13 – Sensibilité aux hypothèses
La DCF est très sensible à :
- la croissance à long terme (g),
- le WACC.
13.1. Exemple : variation de g
On garde WACC = 6 %, VE recalculée uniquement en changeant g.
- Scénario prudent : g = 1 %
- FCFF 2030 = 1,52 × 1,01 ≈ 1,54 M€
- VT = 1,54 / (0,06 – 0,01) = 1,54 / 0,05 = 30,8 M€
- VT actualisée ≈ 30,8 / 1,338 ≈ 23,0 M€
- VE ≈ 6,99 + 23,0 ≈ 30,0 M€
- Valeur des capitaux propres ≈ 30 – 6 = 24 M€
- Scénario optimiste : g = 3 %
- FCFF 2030 = 1,52 × 1,03 ≈ 1,57 M€
- VT = 1,57 / (0,06 – 0,03) = 1,57 / 0,03 ≈ 52,3 M€
- VT actualisée ≈ 52,3 / 1,338 ≈ 39,1 M€
- VE ≈ 6,99 + 39,1 ≈ 46,1 M€
- Valeur des capitaux propres ≈ 46,1 – 6 = 40,1 M€
Conclusion pédagogique :
Rien qu’en changeant g de 1 % à 3 %, la valeur des capitaux propres passe d’environ 24 M€ à 40 M€.
Il faut donc être extrêmement prudent et documenté sur ce paramètre.
13.2. Exemple : variation du WACC
On repart avec g = 2 % et on fait varier le WACC de 5 % à 7 %.
- À WACC = 5 %, la valeur augmente (flux moins “rabotés”).
- À WACC = 7 %, la valeur baisse.
Impact de la variation du WACC sur la valeur d’entreprise (VE)
Hypothèses constantes : FCFF 2029 = 1,52 M€, FCFF 2030 = 1,55 M€, g = 2 %.
| WACC | Valeur terminale (VT) avant actualisation | Facteur d’actualisation(1 + WACC)^5 | VT actualisée | Somme des FCFF actualisés (2025–2029) | Valeur d’entreprise (VE) | Valeur des capitaux propres (VE – dette nette de 6 M€) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 5 % | FCFF2030 / (WACC – g) = 1,55 / (0,05 – 0,02) = 51,67 M€ | 1,05^5 = 1,276 | 51,67 / 1,276 = 40,49 M€ | 7,34 M€ | 47,83 M€ | 41,83 M€ |
| 6 % (scénario central) | 1,55 / (0,06 – 0,02) = 38,75 M€ | 1,06^5 = 1,338 | 38,75 / 1,338 = 28,96 M€ | 6,99 M€ | 35,95 M€ | 29,95 M€ |
| 7 % | 1,55 / (0,07 – 0,02) = 31,00 M€ | 1,07^5 = 1,403 | 31,00 / 1,403 = 22,09 M€ | 6,67 M€ |
- Quand le WACC baisse à 5 %, les flux futurs sont “moins pénalisés” →la valeur monte fortement (VE ≈ 48 M€, equity ≈ 42 M€).
- Quand le WACC augmente à 7 %, on considère l’entreprise comme plus risquée →la valeur baisse fortement (VE ≈ 29 M€, equity ≈ 23 M€).
- Le scénario central à 6 % se situe logiquement entre les deux.
Conclusion : La méthode DCF est extrêmement sensible au WACC, car toute variation du taux se répercute fortement sur la valeur terminale, qui représente souvent 60 à 80 % de la valeur totale.
Conclusion
La méthode des flux de trésorerie actualisés (DCF) constitue l’un des fondements de l’évaluation financière moderne. En se concentrant sur la capacité future de l’entreprise à générer du cash, elle replace la création de valeur au cœur du processus. Sa rigueur conceptuelle, son articulation logique entre performance opérationnelle, besoins d’investissement, structure de financement et perception du risque en font un outil puissant pour comprendre ce qui fait réellement la valeur d’une entreprise.
Cependant, cette puissance repose sur une exigence : la qualité des hypothèses. Une DCF n’est jamais plus fiable que le business plan qui la sous-tend et la pertinence du taux d’actualisation retenu.
Les marges projetées, les investissements futurs, l’évolution du BFR ou encore le taux de croissance de long terme doivent être cohérents, argumentés et explicites. De même, la sensibilité élevée de la valeur finale à quelques paramètres critiques impose prudence, transparence et démarche critique.
L’évaluateur ne doit jamais présenter une valeur “absolue”, mais une fourchette argumentée, construite à partir de scénarios raisonnablement probables.
Aussi robuste soit-elle, la méthode DCF ne suffit pas à elle seule. Dans la pratique professionnelle, une évaluation fiable repose toujours sur une approche multicritère. Les DCF doivent être confrontés à d’autres méthodes afin d’obtenir une vision équilibrée et de renforcer la crédibilité de la conclusion :
- Les méthodes analogiques (multiples boursiers, multiples de transactions), qui fournissent un point de repère immédiat en s’appuyant sur les comportements observés sur les marchés.
- Les méthodes patrimoniales, pertinentes dans les secteurs où la valeur des actifs dépasse la capacité future à générer du cash, ou lorsqu’il faut mesurer une valeur plancher.
- Les méthodes basées sur les options réelles, utiles pour intégrer la flexibilité stratégique, notamment dans les secteurs innovants ou fortement incertains.
Cette articulation entre plusieurs approches permet non seulement de valider les résultats obtenus, mais aussi d’enrichir l’analyse stratégique et financière. La valeur d’une entreprise ne se résume jamais à un chiffre obtenu par une formule : elle émerge d’un ensemble cohérent d’hypothèses, de comparaisons, d’analyses sectorielles et de jugements professionnels.
Annexe : Tableau explicatif des termes techniques de la méthode DCF
| Terme technique | Définition claire | Rôle dans la méthode DCF | Illustration simple |
|---|---|---|---|
| DCF (Discounted Cash-Flows) | Méthode d’évaluation basée sur l’actualisation des flux de trésorerie futurs. | Détermine la valeur économique d’une entreprise via sa capacité à générer du cash. | « Combien vaut aujourd’hui l’argent que l’entreprise gagnera demain ? » |
| Flux de trésorerie (Cash-Flow) | Argent réellement généré par l’activité, après dépenses courantes. | Constitue la base de la valorisation. | Une entreprise gagne 100 €, dépense 60 €, il reste 40 € : c’est son cash-flow. |
| FCFF (Free Cash-Flow to Firm) | Flux de trésorerie disponible pour tous les financeurs : actionnaires + prêteurs. | C’est le flux utilisé pour évaluer la valeur d’entreprise (VE). | Cash disponible avant paiement de la dette. |
| FCFE (Free Cash-Flow to Equity) | Flux de trésorerie disponible uniquement pour les actionnaires. | Permet de calculer directement la valeur des fonds propres. | Cash disponible après avoir payé les intérêts et remboursé la dette. |
| Actualisation | Opération consistant à ramener un montant futur à sa valeur d’aujourd’hui. | Permet de tenir compte du temps et du risque. | 110 € dans un an valent 100 € aujourd’hui si le taux d’actualisation est 10 %. |
| Taux d’actualisation | Taux utilisé pour convertir un flux futur en valeur présente. | Plus il est élevé, moins les flux futurs “valent” aujourd’hui. | À 15 %, un flux de 1 000 € dans 3 ans vaut beaucoup moins qu’à 5 %. |
| WACC (Weighted Average Cost of Capital) | Coût moyen pondéré du capital : rendement attendu par les actionnaires et créanciers. | C’est le principal taux d’actualisation des FCFF. | Si les actionnaires veulent 8 % et les prêteurs 4 %, le WACC se situe entre les deux. |
| Coût des capitaux propres (Ke) | Rendement exigé par les actionnaires pour financer l’entreprise. | Composante majeure du WACC. | Un actionnaire exige souvent 8 à 12 % selon le risque. |
| Coût de la dette (Kd) | Coût moyen des emprunts contractés par l’entreprise. | Intègre les intérêts déductibles d’impôt. | Une entreprise emprunte à 4 % : après impôt, cela peut coûter 3 %. |
| CAPM (Capital Asset Pricing Model) | Modèle économique permettant de calculer le coût des capitaux propres. | Utilisé pour déterminer Ke dans les DCF. | Ke = taux sans risque + bêta × prime de risque. |
| Taux sans risque (Rf) | Taux d’intérêt offert par un actif sans risque (ex : obligations d’État). | Point de départ du calcul du Ke. | OAT 10 ans française : ~2-3 %. |
| Prime de risque marché | Surcroît de rendement exigé par les investisseurs pour accepter le risque des actions. | Multiplié par le bêta dans le CAPM. | Historiquement entre 5 % et 6 % en Europe. |
| Bêta (β) | Mesure du risque d’une entreprise par rapport au marché. | Plus le bêta est élevé, plus Ke augmente. | β = 1 : risque identique au marché ; β = 2 : deux fois plus risqué. |
| Structure financière cible | Répartition “idéale” entre dette et capitaux propres. | Utilisée pour calculer le WACC. | 60 % equity / 40 % dette. |
| EBIT (Earnings Before Interest and Taxes) | Résultat opérationnel avant intérêts et impôts. | Base pour calculer les flux après impôt (NOPAT). | L’entreprise gagne 2 M€ avant charges financières et impôts. |
| NOPAT (Net Operating Profit After Tax) | Résultat opérationnel après impôt théorique. | Point de départ des FCFF. | EBIT = 1 M€, IS = 30 % → NOPAT = 0,7 M€. |
| Amortissements | Charges non décaissées reflétant l’usure des actifs. | Ajoutés aux flux car ils ne coûtent pas de cash. | Machine achetée 100 k€ amortie 10 k€/an : pas de sortie de cash. |
| CAPEX (Capital Expenditures) | Investissements nécessaires pour maintenir ou développer l’activité. | Soustraits des flux car ils consomment du cash. | Achat d’une machine, modernisation d’un site. |
| BFR (Besoin en Fonds de Roulement) | Argent immobilisé dans les stocks, créances clients, dettes fournisseurs. | Variation du BFR = consommation ou génération de cash. | Si les stocks augmentent, le cash diminue. |
| ΔBFR | Variation du BFR d’une année à l’autre. | Entre dans le calcul des FCFF. | BFR passe de 100 à 120 : ΔBFR = +20 (consommation de cash). |
| Horizon explicite | Période de prévisions détaillées (généralement 5 à 7 ans). | Permet de projeter les flux de manière fiable. | Prévisions CA, marges, CAPEX, BFR… |
| Valeur terminale (VT) | Valeur de tous les flux générés après l’horizon explicite. | Représente souvent 60–80 % de la valeur totale. | Estimée via une croissance perpétuelle (g) ou un multiple. |
| Taux de croissance à long terme (g) | Croissance supposée après la période de prévision. | Utilisé pour calculer la VT. | Économie mature : g ≈ 1 à 2 %. |
| Formule de Gordon-Shapiro | Modèle pour calculer la VT avec g. | VT = FCFFₙ₊₁ / (WACC – g). | Si FCFF = 1 M€, WACC=8 %, g=2 %, VT = 1 / 0,06 = 16,7 M€. |
| Valeur d’entreprise (VE) | Valeur totale disponible pour tous les financeurs. | Résultat direct de la méthode DCF. | VE = somme des flux actualisés + VT actualisée. |
| Dette nette | Dettes financières – trésorerie disponible. | Permet de passer de VE à la valeur des capitaux propres. | Dettes = 8 M€, trésorerie = 2 M€ → dette nette = 6 M€. |
| Valeur des capitaux propres | Valeur économique revenant aux actionnaires. | Dernière étape du calcul. | VE = 36 M€, dette nette = 6 M€ → equity = 30 M€. |
| Sensibilité (Sensitivity Analysis) | Analyse de l’effet d’un changement d’hypothèse (WACC, g…). | Permet d’évaluer la robustesse de la valeur. | Si WACC passe de 6 % à 7 %, la valeur baisse fortement. |
| Football field | Graphique comparant les valeurs obtenues par différentes méthodes. | Visualisation de la fourchette de valeur. | Barre horizontale montrant DCF, multiples, ANR, etc. |
| Approche multicritère | Combinaison de plusieurs méthodes d’évaluation. | Confirme ou nuance le résultat des DCF. | DCF + comparables + patrimoniale. |
| Goodwill | Survaleur payée lors d’une acquisition. | Calculée en comparant prix payé et valeur nette des actifs. | Prix 100 M€, actifs nets 70 M€ → goodwill 30 M€. |


