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Le microcrédit est présenté depuis les années 1990 comme l’outil miracle de l’inclusion financière en Afrique. La réalité est plus nuancée. Ce dilemme révèle les contradictions profondes d’un système financier qui prétend émanciper les pauvres tout en les exposant à des taux qui les maintiennent précaires.
Le microcrédit : entre promesse et piège
Les études empiriques sur l’impact du microcrédit (Banerjee et Duflo, prix Nobel 2019) montrent des résultats mitigés. Le microcrédit ne crée pas massivement de richesse — il aide certains à lisser leurs revenus, mais expose d’autres à des spirales d’endettement. À 48% par an, le moindre imprévu — maladie, sécheresse, crise du marché — peut transformer un investissement en désastre.
L’exclusion bancaire comme violence structurelle
La vraie question n’est pas « faut-il emprunter à 48% ? » — c’est : pourquoi des millions de petits entrepreneurs africains n’ont-ils accès qu’à des financements à des taux que les PME européennes refuseraient scandalisées ? L’exclusion des systèmes bancaires formels est une violence structurelle qui condamne les plus actifs à des conditions de financement prédatrices.
La tontine comme alternative sous-estimée
Les systèmes informels de solidarité financière — tontines, associations d’épargne — représentent une intelligence collective qui mérite d’être davantage valorisée. Ils sont sans intérêt, fondés sur la confiance, et adaptés aux réalités locales. Le problème est leur capacité limitée. Renforcer ces structures pourrait être plus efficace que de multiplier les organismes de microcrédit à taux élevé.
Emprunter pour investir est une décision rationnelle. Mais la rationalité exige que les conditions soient humaines. Quand elles ne le sont pas, attendre n’est pas de la faiblesse — c’est de la lucidité.

