Tragédie américaine en quatre actes

(Satire d’un pays qui se mord la queue)

Voici l’Amérique, théâtre des illusions, où les bulletins de vote se transforment en armes contre soi-même.
Quatre personnages avancent sur scène, chacun grotesque à sa manière, chacun croyant jouer le rôle du sauveur mais finit figure d’une farce tragique :

Le Latino amnésique, qui pour fermer la porte derrière lui applaudit celui qui lui claque la fenêtre au nez.

L’Afro-Américain macho, qui pour rabaisser une femme s’offre en cadeau à son propre bourreau.

Le Petit Blanc nostalgique, qui rêve encore d’un trône en coton et d’un empire de cowboys,
mais se retrouve roi nu, couronne en carton sur la tête.

Le Milliardaire en carton doré, roi du Monopoly, clown impérial, qui veut acheter la planète.

Tous ont applaudi le slogan « Make América Great Again » , chacun pour des raisons absurdes, et tous se sont retrouvés prisonniers de leur propre reflet.

Acte I : Le Latino qui a fermé la porte derrière lui

Il a traversé la frontière en courant,
jurant que l’Amérique, c’était le paradis.
Un paradis avec des burgers XXL,
et des papiers en règle, enfin !

Arrivé là-bas, miracle :
on lui tend une carte d’électeur.
Et lui, fier comme un conquistador du dimanche,
il vote pour l’homme du mur !

Le mur !
Celui qui veut bloquer ses cousins,
ses tantes, ses neveux,
et même la grand-mère restée coincée avec son chapelet.

Mais lui, il sourit,
il se croit malin :
« Moi je suis dedans, fermez vite derrière ! »

Quel stratège…
Fermer la porte de la maison
alors qu’il est encore dans le couloir.

Acte II : L’Afro-Américain qui a voté par misogynie

Il connaît l’histoire des chaînes,
les luttes, les combats, les marches,
mais face à une femme candidate,
il s’est senti minuscule,
comme un coq sans crête.

Alors, par orgueil blessé,
il a préféré la grimace orange,
le milliardaire qui l’appelle « loser »,
plutôt qu’une femme au pouvoir.

Il croyait dire :
« Non à l’arrogance féminine ! »
Il a dit :
« Oui, fouettez-moi encore, patron ! »

Quelle victoire !
Il a troqué son bulletin de dignité
contre un ticket gratuit pour le clown du cirque.

Et quand il a voulu protester,
trop tard :
le clown avait déjà refermé la cage.

Acte III : Le Petit Blanc nostalgique de son règne

Il regarde son passé comme on feuillette un album jauni :
cowboys triomphants, Indiens disparus,
Noirs enchaînés qui travaillaient gratis
pendant que lui trônait, maître des plaines et des champs de coton.

Aujourd’hui, il a peur.
Peur des visages bruns dans le métro,
des voisins noirs qui réussissent mieux que lui,
des femmes qui réclament leur place.

Alors il se réfugie dans les discours de foire :
« Make America Great Again ! »
Traduction :
« Rendez-moi mon fouet, mon colt et mes illusions ! »

Il tremble devant l’ombre de son propre déclassement,
comme un roi nu qui crie encore :
« Ce trône est à moi ! »
alors qu’il est assis par terre,
couronne en carton sur la tête,
regard perdu dans un rêve qui sent la poudre et la sueur.

Tragédie ou comédie ?
Peu importe :
l’Histoire, elle, ne recule jamais.
Mais lui s’accroche, ridicule,
à un passé qui ne reviendra pas,
si ce n’est en cauchemars.

Acte IV : Le Milliardaire, roi du monde autoproclamé

Il trône sur ses tours dorées,
empile des milliards comme des jetons de casino,
et croit que la planète entière
est un plateau de Monopoly.

À ses yeux, les nations sont des hôtels,
les peuples des pions,
et la démocratie un simple jouet,
facile à casser quand il perd la partie.

Il veut régner non seulement sur l’Amérique,
mais sur les ondes, les écrans, les rêves,
jusqu’à imposer son logo comme une bannière
flottant au-dessus des ruines.

Dans son regard, il n’y a ni pauvres, ni femmes, ni couleurs :
il n’y a que des chiffres.
Des profits, des deals, des guerres à vendre.

Et quand il rit de sa bouche orangée,
c’est l’écho d’un empire fatigué
qui s’accroche encore à l’illusion
qu’on peut être roi du monde
quand le monde lui-même s’écroule.

Épilogue

Quatre farces. Un mur, un clown, un fantôme de gloire, et un milliardaire au sceptre de pacotille.

Tous jurent « sauver » l’Amérique, mais chacun ne fait que la ridiculiser davantage.

Et dans ce vacarme d’illusions, un slogan résonne encore, comme une rengaine publicitaire :

« Make America Great Again ! ».

Traduction réelle :

  • Make America Hate Again – pour que la peur redevienne ciment national.
  • Make America Late Again – pour rater, une fois de plus, le train de l’Histoire.
  • Make America Fake Again – pour repeindre le déclin en dorures de pacotille.

Et pendant que la foule applaudit ce slogan creux, le monde, lui, regarde ailleurs,
laissant l’Amérique déclamer sa grandeur défunte dans un théâtre où les rideaux sont déjà en train de brûler.

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