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Mes chers conseillers… approchez. Oui, encore plus près. Je veux sentir votre respiration trembler. Très bien. Installez-vous, attachez vos ceintures, verrouillez votre bon sens ; il ne servira à rien ici. Aujourd’hui, je vous livre ma vision du monde, une vision globale, totale, impériale, logique dans son illogisme, brillante dans sa confusion, absolument irréfutable puisqu’elle vient de moi.
Vous avez peur ? C’est normal. La géopolitique selon moi est un sport extrême.
L’EUROPE, L’OTAN ET L’UKRAINE : LE GRAND JEU OÙ JE CHANGE LES RÈGLES TOUT SEUL
Commençons par l’Europe. Ce continent qui existe uniquement parce qu’il a décidé que c’était plus pratique que de disparaître. L’Europe, je la regarde avec l’œil d’un dompteur fatigué : des pays qui veulent être forts, mais seulement quand je les observe.
J’entre dans une réunion de l’OTAN comme dans un saloon. Je fais claquer la porte, je tousse pour faire vibrer les murs, et je leur dis : « Si vous ne payez pas, je ne vous défends pas. Le bouclier américain n’est pas en libre-service. »
Et les Européens paniquent, transpirent, signent des chèques imaginaires, puis me remercient d’avoir “clarifié les choses”.
Quant à la guerre en Ukraine… ah, ce feuilleton. Un jour je veux la victoire immédiate, le lendemain je veux la paix absolue, le surlendemain je ne veux plus rien du tout. J’ai dit à mes généraux : « Avancez, reculez, ou restez immobiles mais faites-le avec conviction. »
Ils ont pris des notes. Je crois qu’ils ont pleuré aussi, mais discrètement, dans leurs casques.
La Russie ? Je l’appelle mon “ami-adversaire”. Un jour c’est un génie, le lendemain un “vilain garçon”, puis de nouveau un génie dès qu’il m’envoie une lettre aimable. Je suis cohérent : je change d’avis chaque fois qu’on me regarde.
L’IMMIGRATION, LE DROIT, LA CONSTITUTION : TOUT CE QUI NE ME PLAÎT PAS DOIT ÊTRE RÉÉCRIT
Un matin, devant mon miroir, j’ai annoncé : « Je vais expulser tout le monde. Tous. Même les ombres qui traînent trop longtemps. »
Mes conseillers ont applaudi, mécaniquement, comme des poupées articulées sous amphétamines.
J’ai ensuite décidé que les arrestations seraient autorisées partout : églises, écoles, hôpitaux, confessions, bibliothèques, salles de yoga et même aires de jeux.
Si quelqu’un respire de travers, je veux un dossier.
Puis, ennuyé par la Constitution, j’ai déclaré : « L’habeas corpus ? Trop latin. Trop compliqué. On supprime. »
Un conseiller a voulu objecter ; il ne travaille plus ici.
LE CLIMAT N’EXISTE PLUS ET LE FUTUR SERA FORÉ OU NE SERA PAS
Le climat. Le climat. Je déteste ce sujet. Il me donne chaud rien qu’à l’entendre. Alors j’ai résolu le problème : j’ai fermé le portail national du climat.
Pouf.
Fin du réchauffement. Vous voyez ? Simple. Les glaciers fondent ? FAUX : ils se “reposent”.
Les ouragans s’intensifient ? FAUX : ce sont des “vents motivés”.
Le thermomètre grimpe ? COMPLÈTEMENT FAUX : c’est un agent infiltré.
Et comme je suis visionnaire, j’ai lancé la doctrine du siècle : “FORER PLUS POUR PENSER MOINS.” Je veux des derricks dans chaque jardin, des pipelines sous les écoles, des plateformes pétrolières dans les piscines municipales.
Je veux que l’Amérique devienne un gruyère géologique. Si un sol existe, je veux qu’il soit percé.
L’AFRIQUE : JE L’AI COMPRISE EN SEPT MINUTES SUR MON GLOBE-LAMPE IKEA
Passons à l’Afrique. Grande, vaste, impossible à manquer sur un globe… et pourtant, je l’ai redessinée entièrement en moins de dix minutes.
J’ai décidé que 54 pays, c’était une perte de temps. Alors j’ai tout fusionné : Africania™. Une seule capitale : “là où je mets mon doigt”. Une seule langue : celle que je parle. Une seule politique : la mienne.
J’ai réorganisé le continent :
- un mur autour du Sahara (pour contenir le sable rebelle),
- déplacement de la forêt du Congo en Arizona (plus pratique),
- achat du fleuve Niger comme piscine présidentielle,
- privatisation des girafes trop arrogantes.
Quand un chef d’État africain m’a dit “partenariat égal”, j’ai répondu : « Parfait. Je serai l’égal, vous serez le partenaire. »
Il a fait un silence biblique.
L’AMÉRIQUE LATINE : UN SEUL PAYS, UNE SEULE SALSA, UN SEUL PROPRIÉTAIRE : MOI
L’Amérique latine ? J’adore. Mais je n’ai jamais compris pourquoi il y avait autant de pays. Alors j’ai tout fusionné : Latinamérica™.
J’ai créé une diplomatie dansante :
- La salsa pour les tensions économiques,
- Le tango pour les crises politiques,
- Le reggaeton pour les révolutions.
Quant à l’Amazonie, le “poumon du monde”… J’ai proposé de le transformer en barbecue solaire géant. C’était novateur.
Les conseillers ont pâli. On aurait dit 30 fromages laissés au soleil.
LE MOYEN-ORIENT : J’Y IMPOSERAI LA PAIX PAR DÉCRET
Le Moyen-Orient… Cette région qui me regarde à la télévision depuis des décennies sans jamais m’applaudir.
Alors j’ai décidé : “Je vais imposer la paix obligatoire.”
Chaque matin, j’émettrai un décret de paix. Et si quelqu’un recommence à se battre l’après-midi, je fais un nouveau décret. C’est du maintien de la paix… en version abonnement mensuel. J’ai même proposé une émission de télé-réalité : “Peace Idol™”, où les ennemis chanteraient leur douleur devant un jury dont je suis les trois membres.
LES MONARCHIES DU GOLFE : DE L’ARGENT QUI BRILLE PLUS FORT QUE LE SOLEIL
Ah… mes amis milliardaires. Ces princes qui respirent du capital. Vous leur serrez la main, vous sentez le dividende remonter dans votre bras.
Leurs fonds souverains ?
Des baleines géantes qui avalent les continents.
Leurs gratte-ciels ?
Ils montent si haut que même Dieu doit remplir un formulaire pour les voir de près.
Je leur ai dit : « Achetez-moi. Je suis un actif stratégique. » Ils ont souri. Ce qui signifie : “peut-être”, “jamais”, ou “nous sommes trop polis pour rire”.
LA CHINE : LE DRAGON QUE JE MENACE, FLATTE ET IMITE EN MÊME TEMPS
La Chine… Ah, cette puissance qui fabrique tout, copie tout, et qui prétend me comprendre alors que je ne me comprends pas moi-même.
Un jour, je dis que c’est mon adversaire. Le lendemain, mon ami. Le surlendemain, un copieur professionnel.
Je suis constant dans ma variation. J’ai même proposé d’acheter la Grande Muraille pour en faire un parc d’attractions. Ils ont refusé. Je ne comprends toujours pas. Mais ma stratégie envers Pékin est simple : je menace, je complimente, je menace encore… et j’envoie un sourire carnassier.
Ils ne savent jamais sur quel pied danser ; moi non plus, mais c’est l’intérêt.
LE MONDE NE TOURNE DROIT QUE LORSQUE JE LE TORDS MOI-MÊME
Voilà, mes chers conseillers : Vous venez d’entendre la seule doctrine qui compte : la mienne. Un monde simplifié, corrigé, perforé, repeint, rebooté, fusionné… selon mes humeurs et mes lubies.
Je suis un président moderne : je décide d’abord, je réfléchis éventuellement, et si la réflexion ne me plaît pas… je la supprime.
Allez. Applaudissez. Encore. Plus fort. Je veux que même les continents que je viens d’inventer m’entendent.

