Quand la Première Puissance Mondiale Fait Vaciller l’Ordre International : La Loi du Plus Fort contre l’Espoir d’un Monde Régi par le Droit, les Droits de l’Homme et une ONU Réformée

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Depuis son retour à la présidence des États-Unis en janvier 2025, Donald J. Trump a initié une transformation radicale de la politique étrangère américaine, rompant brutalement avec les principes du multilatéralisme, du droit international et de la coopération institutionnelle qui ont structuré les relations internationales depuis 1945.

À travers une série de décisions spectaculaires : retrait de traités, marginalisation des institutions internationales, pressions sur les alliés, interventions unilatérales, le second mandat de Trump a introduit une ère nouvelle, où la loi du plus fort supplante les règles communes. Mais cette dérive, qui sidère le monde entier, nous oblige aussi à penser une alternative : et si, à rebours de cette logique de domination, la communauté internationale s’engageait dans la construction d’un ordre mondial fondé sur le droit, les droits de l’homme, et une ONU réformée et renforcée ?

L’ébranlement du multilatéralisme : Trump contre l’architecture de l’après-guerre

La mise à mal des institutions internationales

La rupture est frontale. Dès les premiers mois de son second mandat, Donald Trump a poursuivi et intensifié sa stratégie de désengagement des institutions multilatérales. Les États-Unis se sont retirés ou ont gelé leur participation dans plusieurs programmes onusiens, continuant sur la lancée amorcée dès son premier mandat avec l’abandon de l’Accord de Paris et de l’Organisation mondiale de la santé. Ce retrait progressif est accompagné d’un mépris assumé pour le rôle de l’ONU, dont Trump conteste la légitimité, accusant l’organisation d’être inefficace, corrompue et hostile aux intérêts américains.

La nouveauté, cependant, réside dans la volonté de créer des structures alternatives, dirigées par les États-Unis et leurs alliés idéologiques, échappant aux règles du droit international. Cette approche mine la crédibilité de l’ONU, affaiblit la coopération globale et laisse un vide normatif dangereux.

Le rejet du droit international

Cette offensive contre le multilatéralisme s’accompagne d’un refus de reconnaître la supériorité du droit international sur les intérêts nationaux, une position qui fragilise des décennies de diplomatie basée sur la négociation, l’arbitrage et le respect des engagements collectifs. En marginalisant la Cour internationale de justice, en refusant de ratifier ou de respecter des décisions contraignantes d’organes onusiens, Trump réintroduit une logique pré-onusienne, où la puissance décide, et non le droit.

Une politique étrangère transactionnelle et unilatérale

La diplomatie par la pression

Trump a élevé la menace économique et tarifaire au rang de stratégie diplomatique centrale. Il a imposé ou menacé d’imposer des sanctions à des partenaires traditionnels, y compris européens, comme moyen de pression pour obtenir des concessions stratégiques (notamment dans l’affaire du Groenland, où il a conditionné la levée de taxes à une coopération stratégique accrue).

Cette approche transforme la diplomatie en une série de transactions commerciales, où les relations internationales ne reposent plus sur la confiance mutuelle ou les valeurs communes, mais sur le rapport de force et l’intérêt immédiat.

La militarisation de la politique étrangère

Sur le plan militaire, Trump a adopté une posture plus agressive, plus imprévisible, et souvent unilatérale. Il a autorisé des frappes ciblées contre des adversaires jugés « nuisibles », renforcé la présence militaire dans des zones stratégiques (comme le golfe Persique ou le Venezuela), et démontré sa volonté de contourner le Congrès pour mener des opérations armées, notamment sous prétexte de lutte contre le terrorisme ou de défense des intérêts américains.

Cette militarisation de la diplomatie accroît les tensions internationales, nourrit l’instabilité régionale, et alimente une course aux armements mondiale, notamment parmi les puissances intermédiaires tentées de suivre l’exemple américain.

Déconstruction des alliances traditionnelles

La défiance envers l’Europe et l’OTAN

L’un des aspects les plus déstabilisants du second mandat de Trump est son rejet implicite des alliances historiques. L’OTAN, autrefois pilier de la sécurité transatlantique, est régulièrement critiquée, affaiblie, voire menacée de retrait. La confiance entre les États-Unis et leurs partenaires européens s’est érodée, notamment suite aux tentatives d’acquisition du Groenland, aux pressions commerciales et aux déclarations méprisantes sur l’UE.

L’alliance selon l’intérêt momentané

Trump redéfinit la notion d’allié : il ne s’agit plus d’un partenaire fidèle avec lequel partager des valeurs, mais d’un complice utile tant qu’il sert les objectifs américains. Ce cynisme assumé pousse certains pays à revoir leur posture stratégique et à envisager une politique de réarmement autonome, accentuant la fragmentation du système de sécurité mondial.

L’Afrique et le Sud global face à un monde désordonné

Victimes silencieuses d’un nouvel ordre brutal

Les pays d’Afrique subissent de plein fouet les effets de cette réorientation stratégique. En tant que puissances faibles ou moyennes, sans levier militaire ou économique majeur, ils deviennent les victimes collatérales d’un monde livré à la loi du plus fort. Le recul des financements de santé, d’éducation ou d’aide au développement, combiné à la multiplication des conflits périphériques et des sanctions secondaires, affaiblit leur souveraineté réelle et leur marge de manœuvre diplomatique.

Le risque d’imitation par d’autres puissances régionales

La posture américaine ouvre la voie à une désinhibition stratégique pour d’autres acteurs (Russie, Turquie, Chine, Iran), qui pourraient répliquer la stratégie de Trump en tentant d’élargir leur sphère d’influence par la coercition. L’Afrique, fragmentée et peu protégée, risque de devenir un terrain d’affrontement indirect ou de prédation renouvelée.

Contre-modèle : et si la puissance servait le droit ?

La puissance au service de la justice internationale

Face à cette dérive, se dessine en creux une autre vision du monde : celle d’une puissance utilisée non pour dominer, mais pour garantir l’universalité du droit, la protection des peuples et le respect des frontières. Ce renversement de paradigme suppose que les grandes puissances, à commencer par les États-Unis, mettent leur influence au service d’un ordre international équitable, où les principes de la Charte des Nations unies ne sont pas facultatifs, mais contraignants.

Une ONU renforcée, dotée de mécanismes coercitifs

Il devient urgent d’envisager une réforme en profondeur des Nations unies, afin qu’elles ne soient plus une simple tribune morale, mais une institution dotée d’un pouvoir exécutoire réel. Parmi les propositions :

  • Fin du droit de veto au Conseil de sécurité pour les cas de violations graves des droits humains ;
  • Création d’un « corps exécutif onusien » chargé d’appliquer les décisions de la Cour internationale de justice ;
  • Renforcement du rôle de la Cour pénale internationale, avec universalisation de sa compétence ;
  • Instauration d’un mécanisme international de protection des démocraties menacées.

Un Sud global moteur de la refondation

Les pays du Sud, et particulièrement ceux d’Afrique, doivent prendre l’initiative de cette refondation. Non pas en opposition à l’Occident, mais en tant qu’acteurs exigeant un ordre mondial plus inclusif, plus juste et plus démocratique. L’UA, les alliances régionales, et les coalitions du Sud peuvent peser dans les débats onusiens, proposer des résolutions, et construire une opinion publique mondiale en faveur du droit international.

Résister au cynisme, reconstruire l’espérance

Le second mandat de Donald Trump agit comme un catalyseur brutal de la crise du système international. Il révèle la fragilité des institutions existantes, l’épuisement du multilatéralisme classique, et la tentation du retour à une diplomatie de puissance brutale. Mais ce choc peut aussi être l’opportunité d’un sursaut collectif. Un monde régi par le droit n’est pas une utopie : c’est une nécessité pour la paix, la justice et la survie commune.

Il appartient aux nations, aux peuples, aux diplomates, aux intellectuels, et aux organisations de la société civile de résister à la tentation du repli, de l’indifférence ou de la soumission, et d’oser construire une gouvernance mondiale fondée sur la règle, la transparence, la responsabilité et la dignité humaine.

L’Histoire nous enseigne que les grandes ruptures engendrent de grandes refondations. Il est temps d’écrire la prochaine.

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